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Interview avec le prince Murat

Par Eduardo Mackenzie, écrivain et journaliste franco-colombien

Paris, le 10 mai 2015

 

Notre interlocuteur, le prince Joachim Murat, est le huitième prince Murat. Il est l’actuel chef de la Maison Souveraine de Naples et membre de la famille impériale. Il est né à Neuilly sur Seine, le 26 novembre 1944. Son père, le septième prince Murat, est mort héroïquement à 24 ans pendant la Seconde Guerre mondiale, exécuté par un commando de la sinistre division SS Das Reich, le 20 juillet 1944. Membre du groupe résistant de l’Indre, Maquis Carol, des Forces Françaises Libres, dirigées par le général Charles de Gaulle, pendant l’occupation allemande, le septième prince Murat a été tué alors qu’il tentait de sauver les armes et les documents de son groupe. Pour honorer son nom un monument a été érigé à La Gabriere Lingé.

Question: Monseigneur, la ville de Naples rendra cette année un grand hommage à Joachim Napoléon Murat, roi des Deux-Siciles. Pourriez-vous expliquer pourquoi?

Réponse: En effet, en octobre 2015 on célèbrera le bicentenaire de la mort de Joachim Napoléon Murat, roi de Naples et des Deux-Siciles. La ville de Naples va commémorer sa disparition tragique à Pizzo, devant un peloton d’exécution, le 13 octobre 1815. En réalité, le bicentenaire commencera le 18 mai prochain, avec une grande exposition au Palais Royal de Naples réunissant des objets et des documents ayant appartenu à Murat, maréchal de l’Empire et grand-duc de Berg et de Clèves. Durant cette semaine, il y aura deux concerts, un dîner de gala organisé par l’Armée française et, surtout, sera inaugurée à l’Université Orientale une conférence internationale qui réunira des historiens, des biographes et des experts. Pendant deux jours, ils présenteront leurs points de vue sur la carrière militaire et politique de Murat, et les réformes de modernisation qu’il a entrepris au cours de son règne à Naples. Enfin, le 13 octobre à Pizzo,  en Calabre, il y aura une cérémonie officielle pour commémorer la mort de Murat.

Question: Murat était l’un des grands chefs charismatiques de la Grande Armée. Il a parcouru l’Europe continentale en accomplissant  des prouesses militaires sous le commandement de Napoléon Ier. Comment Murat a-t-il gagné le cœur des napolitains?

Réponse. Murat est, en effet, un personnage estimé et même vénéré par les napolitains. En tant que roi de Naples et des Deux-Siciles, il a fait beaucoup pour le développement de la Calabre, qui était  très arriérée car les Bourbons n’y ont pas entrepris les réformes que méritait   cette importante région de la péninsule.

Question: Comment résumeriez-vous ce travail de modernisation?

Réponse: Murat a libéré l’île de Capri de la domination anglaise et a procédé à la réalisation de grands travaux contre la pauvreté et l’illettrisme. Il a aboli la féodalité dans la région. Il a introduit le Code civil,  encouragé les beaux-arts et a ordonné la construction d’hôpitaux. Il a fondé une université et une école navale. Il a amélioré les routes pour relier Naples au détroit de Messine. Murat a combattu les brigands qui pillaient et déstabilisaient la région de Calabre. Il fut un roi social, promoteur des principes de la Révolution. Avec l’aide de Caroline, sa femme, sœur de Napoléon, Murat a lancé la restauration de Pompéi et d’Herculanum.

Question: Est-il vrai que les napolitains se souviennent surtout de Murat pour avoir favorisé le mouvement d’unification de l’Italie?

Réponse. Oui, bien sûr. Il a lutté pour sortir l’Italie de la domination autrichienne. Murat comprenait très bien le sentiment national des peuples européens. Il avait vu les Polonais se battre pour l’indépendance. Bien que ce fût lui qui réprima,  en 1808, la révolte espagnole du Dos de Mayo, il voyait avec une certaine admiration la lutte des espagnols pour leur liberté. Murat avait fait sien l’idéal de liberté et d’unité de la péninsule italienne. Sa Proclamation de Rimini, le 30 mars 1815, où il appelle à l’indépendance et à l’unité italienne, contenait ces idées. Celles-ci ont été accueillies par la population. Ainsi, Murat est considéré aujourd’hui comme le pionnier de l’unité italienne et même de l’unité européenne.  Garibaldi dira plus tard que Murat était «le roi des braves et le plus brave des rois ». L’historien Luigi Marcilli Migliorini  voit en lui « le martyr de l’unité italienne. »

Question: Lorsque Napoléon nomme Murat roi de Naples les habitants de ce royaume savaient-ils  qui il était?

Réponse: L’Empereur envoya son frère Joseph Bonaparte en Espagne et imposa à Murat le titre de roi de Naples et des Deux-Siciles, le 15 juillet 1808. L’épopée napoléonienne, dont Murat était un élément fondamental, d’abord comme Général de la Grande Armée, puis comme Maréchal de l’Empire et membre de la famille impériale,  était connue par les napolitains. Le prestige de Murat, qui était considéré comme le dieu de la cavalerie des armées françaises, était connu en Europe. Son comportement héroïque à Marengo, ses énergiques  charges à la tête de la cavalerie impériale, sa poursuite et  la destruction totale de l’armée prussienne à Iéna, en 1806, sans doute sa plus grande victoire militaire, étaient connues dans toute l’Europe. Ainsi que sa charge dans la sanglante bataille d’Eylau (les 7 et 8 février 1807, où 50 000 Français vainquirent  80 000 Russes et Prussiens), où Murat et ses hommes arrêtent l’infanterie russe au moment crucial de la bataille. Murat s’était également couvert de gloire en dirigeant l’aile gauche de l’armée de Napoléon à Austerlitz, contre la cavalerie russe et autrichienne. Beaucoup plus tôt, en 1798, Murat avait défini l’issue de la dure bataille d’Aboukir, devant 100 000 Ottomans, où il avait été gravement blessé. Sans cette victoire en Egypte il n’y aurait eu  par la suite ni Consulat ni Empire.

Question: Comment la défaite de Napoléon en Russie a-t-elle brisé l’élan fulgurant de Murat?

Réponse: Murat a participé à la conquête de la Russie, et se distingua à la bataille de la Moskova. En 1812, l’empereur lui confia la tâche de diriger le retour des troupes en France mais,  le 16 janvier 1813, à Posen, Murat décida de céder le commandement au prince Eugène, fils de Joséphine de Beauharnais, pour revenir en Italie et stabiliser son royaume, harcelé à ces moments-là par la coalition. Les relations difficiles qui pouvaient exister entre Napoléon et Murat empirèrent mais jamais le premier n’accusa le deuxième de trahison ou de désertion. Au contraire, Napoléon demanda peu après Murat de participer à sa nouvelle campagne militaire. Murat va combattre avec succès à Dresde, mais en octobre 1813, l’armée française, avec seulement 200 000 hommes, succombera devant le poids numérique de l’ennemi, une coalition de sept nations, à Leipzig. Quelques jours plus tard, Murat rentre à Naples car l’Italie était tombée sous le contrôle des Alliés. Résolues à parvenir à l’unification de l’Italie, les troupes de Murat expulsent les Autrichiens de la ville de Ferrare, mais elles sont vaincues le 3 mai 1815 dans la bataille de Tolentino et Murat devra s’exiler pour échapper à la capture.

Question: Pourquoi  Murat ne participa-t-il  pas à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815?

Réponse: Parce que l’Empereur ne lui a pas demandé d’y être. Cette absence a, évidemment, affaibli le dispositif  français. Après la défaite définitive de Napoléon, Murat dût fuir à nouveau. Murat, comme les autres grands chefs militaires de l’Empereur, était traqué par le régime de Louis XVIII qui voulait l’éliminer. Murat se réfugie dans le sud de la France et, plus tard, en Corse, où entouré par un millier de fidèle, et contre l’avis de ses amis, il décide d’aller à la reconquête de son royaume. Impulsif, il fait voile vers l’Italie sans beaucoup de préparation avec seulement six navires et une poignée de soldats. Sans trouver de soutien dans la population et trahi par un espion, Murat tombe dans les mains de Ferdinand IV à Pizzo, en Calabre. Après un simulacre de procès, il est condamné à mort et exécuté le 13 octobre 1815. Debout et sans bandeau sur les yeux, il harangue la foule avec ces mots: «J’ai affronté la mort de nombreuses fois et je ne la crains pas. Soldats, faites votre devoir. Visez bien, droit au cœur, sans toucher le visage! ». Il a lui-même dirigé le peloton d’exécution. Il avait 48 ans.

Question: Où a-t-il été enterré et qu’est-il advenu de sa  progéniture?

Réponse: Le corps de Murat a été jeté dans une fosse commune dans la cathédrale de Pizzo et il se trouve là depuis lors, mêlé aux restes de beaucoup d’autres morts. A Paris, dans le cimetière du Père Lachaise, un mausolée a été construit pour les grands Maréchaux de Napoléon. L’espace consacré à Murat existe mais il ne contient pas son corps, seulement les restes de certains de ses descendants, mais pas ses enfants. Ceux-ci, Achille et Lucien, après la mort de leur père, sont partis pour l’Amérique avec leur oncle, Joseph Bonaparte.  Achille épousera plus tard la nièce de George Washington et Lucien rentrera en France pendant la période du règne de Napoléon III.

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